L’incroyable histoire du National ANZAC Centre

Il y a 100 ans en arrière, l’Australie s’engageait dans un conflit que tout le monde connait, la première guerre mondiale. Curieusement, le fait que les soldats australiens et néo-zélandais aient été impliqués dans cette bataille n’a jamais marqué mon esprit lorsque j’étais étudiante. Oubli dans les programmes scolaires? … C’est mon voyage qui m’a conduit à la rencontre des ANZAC, ces soldats qui quittèrent le port d’Albany pour mener cette sale guerre au nom de la couronne d’Angleterre.

 

 

Les ANZAC, ces soldats partis au front

 

A Albany, le vent se lève sur l’Heritage Park, un complexe naturel de 260ha qui englobe le mont Clarence et le mont Adelaide et qui offre une vue magnifique sur le port et les côtes alentours. Ce paysage de carte postale que j’observe aujourd’hui était bien différent il y a 103 ans.

 

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King Georges Sound, dimanche 1er novembre 1914. Les bateaux sont prêts, chargés d’hommes, de chevaux, d’armes et d’espoirs. Albany s’apprête à envoyer deux convois. Les drapeaux se déploient. Les bateaux à vapeurs crachent leur fumée, recouvrant le port d’un épais nuage noir. Impossible de distinguer la couleur du ciel. Les visages se crispent, tentant de retenir les larmes. Les amoureux ne s’enlaceront plus, les parents grisonneront d’angoisse. Seuls les enfants jouant sur le quai garderont leur insouciance… jusqu’à la seconde guerre mondiale…

 

Premier convoi envoyé en 1914 – National ANZAC Centre

 

41 625 soldats australiens et néo-zélandais s’apprêtent à prendre la mer, direction le Moyen-Orient pour des combats sanglants dont il n’ont encore aucune idée. La bataille de Gallipoli (Dardanelles), le Canal de Suez, le front de l’ouest, une « somme » de combat qui va venir détruire ce qu’il reste de leur jeunesse, de leur esprit, de leur vie. Les bateaux s’éloignent du port et deviennent de plus en plus petits jusqu’à devenir indistincts avant d’être avalés par l’horizon. La couleur du ciel commence à se distinguer. Il ne reste désormais plus rien, plus une trace de ces hommes. Seul leur souvenir reste dans l’esprit de chaque personne restée à quai.

 

La baie d’Albany aujourd’hui

 

En ce jour, dans ce port, ils abandonnent le calme pour affronter la tempête. 416 000 soldats seront envoyés de toute l’Australie pour prendre part à cette guerre entre 1914 et 1918. Combien de ces soldats reverront un jour leur pays natal ?

 

Une expérience unique : le National Anzac Centre

 

Albany, lundi 20 février 2016. Je me tiens devant le National Anzac Centre, un musée réputé pour permettre une immersion profonde au coeur de la première guerre mondiale et dont la vocation est surtout de mettre à l’honneur les soldats partis d’Albany. J’ai hâte de découvrir l’endroit, l’expérience risque d’être intéressante.

 

 

Le musée parait petit de l’extérieur et pourtant, je vais y rester presque 3 heures car la lecture ne manque pas. En arrivant, j’ai le choix entre 32 petites cartes contenant le nom d’un soldat que je vais pouvoir utiliser durant toute ma visite.

 

En franchissant les portes de ce musée, je ne savais pas que j’allais faire la connaissance d’un homme à qui je dois ma liberté. Cet homme, c’était le sergent Alfred Foster, ancien photographe et électricien dans le Sud de l’Australie avant son engagement dans l’armée. Il avait 26 ans le jour où il a décidé de s’engager et c’est dans une partie de son histoire que je vais me laisser embarquer, au milieu de tant d’autres.

 

 

Se battre au nom de la couronne

 

L’Australie fait partie du Commonwealth, à ce titre, elle se devait d’aller combattre au côté de l’Angleterre. Problème, il n’y a pas de conscription en Australie, donc pas de soldats. C’est pourquoi le pays lança une campagne de recrutement massive – et à mon sens très provocatrice – à la recherche de volontaires. Beaucoup de futurs soldats voyaient cet engagement comme une nouvelle mission voire même pour certains comme un « voyage ». Le chômage était important, ce qui contribua à faciliter l’enrôlement. Pour être « engagés », il fallait avoir entre 19 et 38 ans et répondre à des critères de taille et de poids. À mesure que les années de guerre s’étendaient et que les pertes humaines s’alourdissaient, les conditions de recrutement s’assouplissaient.

 

Au sein du musée, le sujet de la première guerre mondiale est traité par zone géographique. Les dates, les étapes, les pertes, les souffrances. Mais au-delà du traitement du fait historique, c’est bel et bien les sentiments et les personnalités des soldats face à cette guerre qui sont mis en valeur.

 

Affiche – National ANZAC Centre

 

Immersion dans la vie d’un soldat

 

Je regarde donc les photos de ces hommes qui me regardent aussi. L’un deux est un héros parait-il. Je me dis qu’ils le sont tous. Mais comme le dit très justement un autre de ces soldats : « Il n’y a pas de héros. Juste des hommes qui tenteront de vivre avec cette guerre. »

 

Les témoignages continuent de défiler : les lettres de soldats à leur maman, à leur bien-aimée. Alors que j’écoute le récit d’un de ces soldats dans mon audio-guide, je parcours la vitrine dans laquelle sont exposés ses effets personnels, sous sa photo. Je n’ai qu’à fermer les yeux pour l’imaginer avec ce casque abimé et cette petite besace usée par le temps. Les vitrines vont défiler avec à chaque fois, un visage et une histoire unique pour un combat commun.

 

Dans les tranchées – National ANZAC Centre / Australian War Memorial

 

Mais il n’y a pas que des humains qui ont perdu la vie. Les ANZAC ont combattu au Moyen-Orient avec… des chevaux. On parlait de division montée. Beaucoup d’équidés perdaient la vie d’épuisement, de noyade, de chutes, de faim et beaucoup étaient affaiblis à cause des attaques chimiques. Mais cette technique de combat à cheval continuait d’être utilisée car elle portait ses fruits, notamment dans des pays tels que le Moyen-Orient qui n’utilisait pas, comme en France par exemple, de chars ou de mitrailleuses. Sur tous les chevaux envoyés, 1 seul revint en Australie, il s’agissait de Sandy.

 

Et les aborigènes dans tout ça ?

 

Les aborigènes n’avaient pas le droit de s’engager dans l’armée à cause de leur « race ». En 1914 du moins car en 1917, manquant de soldats, le gouvernement leur autorisa l’accès au champ de bataille, à condition quand même d’être métisse (au moins un parent européen d’origine). Les aborigènes souhaitaient faire partie des rangs car il n’avait ni emploi, ni droits, ni argent en Australie. C’était un moyen pour eux de prouver qu’ils méritaient d’être citoyens. Sur le champ de bataille heureusement, ils avaient les mêmes droits qu’un soldat « blanc » et surtout, ils étaient traités d’égal à égal vivant les mêmes atrocités et souffrances que leur compagnon et combattant pour le même pays. Cependant, une fois la guerre terminée, lorsque les survivants aborigènes sont retournés au pays, le gouvernement n’a pas reconnu ces soldats : aucun droit, aucune terre et aucune aide quelconque. Même l’accès dans un pub pour une bière avec leur camarade leur était interdit.

 

Il est temps de compter les morts…

 

Sur l’écran immergé au centre défile les noms des 41 265 ANZAC.

 

Je prends quelques minutes pour penser à tout ça assise sur un petit canapé. Face à moi, une immense baie vitrée offre une vue époustouflante sur l’océan, certainement le plus bel endroit du musée. Je vais continuer de découvrir l’histoire de mon soldat, son grade, son engagement grâce aux formidables outils technologiques mis en place dans l’établissement. Puis, il est temps de se confronter à la partie finale, le moment où le pays compte ses morts. J’ai été touchée par une autre partie du musée. En silence, j’ai pénétré dans ce lieu où défilent les noms des 41 265 ANZAC qui prirent le large avec le premier convoi. La mise en scène est superbe, les noms se reflètent dans un miroir d’eau et s’en vont vers la mer. Majestueux.

 

Sur les 41 265 soldats envoyés d’Albany, seulement 1 sur 3 est rentré au pays, mais dans quelles conditions physiques et mentales ? Au total, 167 000 australiens ayant combattu de 1914 à 1918 ont été renvoyés chez eux depuis la France, la Belgique, l’Egypte… mais l’épidémie de grippe espagnole a compliqué le rapatriement. La plupart des soldats a été contraint d’attendre la fin de l’année 1919 pour rentrer à la maison.

 

Le sergent Alfred Foster est rentré au pays cette année-là. Il s’est marié, n’a jamais eu d’enfants. Il est mort en 1984, à l’âge de 97 ans.

 

AUTOUR DU MUSÉE, DE NOMBREUX SITES À VISITER

 

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Une fois la visite terminée, elle se poursuit à l’extérieur car le musée fait partie d’un parc naturel dans lequel il est possible de réaliser un parcours de mémoire. Les lieux de commémoration ne manquent pas : statue commémorative, sépultures, cimetière, forteresse… autant de témoignages de cette guerre qui a laissé ses traces. Pour quitter ce complexe absolument magnifique et riche d’histoire, j’ai descendu « l’avenue de l’honneur » : ici, des eucalyptus bordent la route protégeant de leurs feuilles les plaques portant le nom des soldats qui ne sont plus.

 

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La ville d’Albany est aujourd’hui un symbole, le lieu de naissance de l’esprit des ANZAC, le corps d’armée australien et néo-zélandais.

 

Le National Anzac Centre vaut vraiment le détour en rendant hommage à ces soldats d’une bien belle manière, laissant la parole à ces hommes qui se sont battus pour notre liberté.

 


 

VISITER LE NATIONAL ANZAC CENTRE

 

  • Toutes les infos sur le site internet : nationalanzaccentre.com.au
  • Visite audio-guidée : attention, tous les panneaux sont uniquement en anglais, idem pour les audio-guide

 

Merci au musée pour sa confiance 🙂

 

Graziella - Gatoi.com
10 Commentaires
  • Laure
    Répondre

    Encore un chouette article, très intéressant ! Je connaissais un peu ce pan de l’histoire mais me voilà surprise par ses subtilités, notamment « raciales » que je ne connaissais pas. Les photos sont superbes !

    04/03/2017 at 9:56
  • Linda
    Répondre

    Congratulations on such a well written article on the ANZAC history and that you took the time to visit Albany with its history. The National ANZAC Commemoration is honoured each year on 25th April, commencing with a dawn service. Anyone can attend, no matter where you are in Australia.

    04/03/2017 at 7:50
  • Sylvie
    Répondre

    Merci pour ce morceau d’Histoire

    03/03/2017 at 9:58
  • Salvatore
    Répondre

    Magnifiqueeeeeee commentaire et des photos superbes fière très fière de ce que vous nous apporté bisoussss

    03/03/2017 at 9:40
  • Superbes photos et article intéressant.
    Cependant, il est dit dans l’article que les ANZAC allaient défendre leur pays. Comme précisé plus tard, ils allaient défendre le Royaume-Uni et ses alliés, pas leur pays.

    03/03/2017 at 8:16

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